Histoire d’une enfance à protéger

(…) Il règne encore en France une tolérance à la violence faite aux enfants pour des raisons éducatives. Comme si l’éducation d’un enfant ne pouvait se passer d’un dressage par des punitions corporelles.

Même si le chemin vers une totale non violence vis à vis des enfants est encore long, leur vulnérabilité, leur fragilité, la nécessité de les protéger, a mis beaucoup de temps à émerger.

Longtemps les enfants ont été perçu comme des « sous-personnes », n’ayant aucun droits et appartenant à la puissance paternelle qui pouvait avoir droit de vie ou de mort sur lui. La protection de l’enfance ne s’est mise en place qu’à la fin du XIXe siècle, avec des textes législatifs. Particulièrement avec la loi de 1889, qui a remis en cause la sacro-sainte puissance du père et rendu possible la déchéance paternelle.

Il a fallu attendre 1935 pour abolir la procédure dite de « correction paternelle » qui permettait à un père « outragé » de faire placer son enfant en détention dans des établissements correctionnels, sans avoir besoin de fournir de justification.

Jusqu’en 1958, il fut toujours possible, de placer les enfants en maison de correction sans qu’ils aient commis aucun délit

De 1850 jusqu’au milieu du XXe siècle, des milliers de jeunes sont condamnés à la maison de correction, et y subissent de durs châtiments. Selon Marie Rouanet, les occupants de ces « prisons » pour enfants étaient le plus souvent coupables de petits délits, ou tout simplement indisciplinés (en 1887, 7 000 enfants de moins de 10 ans étaient détenus). Les enfants errants, les mendiants et les petites filles qui sont prostituées, sont également enfermés.

En 1934, les enfants de la colonie pénitentiaire de Belle-Ile-en-Mer se sont soulevés et enfuis après le tabassage d’un jeune détenu. Une prime de 20 francs de l’époque a été alors offerte à quiconque capturerait un fugitif, entraînant une « chasse à l’enfant ». Cette mutinerie a déclenché une campagne de presse demandant la fermeture de ces « bagnes » d’enfants.

En 1962, le syndrome de l’enfant battu ou syndrome de Silverman sera décrit par Kempe, pédiatre à Denver. Auparavant, pour expliquer les lésions traumatiques sans se référer aux violences subies, on évoquait : le rachitisme, le scorbut, la fragilité osseuse constitutionnelle.

Avec le syndrome de l’enfant battu les médecins commencent à prendre conscience des violences gravissimes faites aux enfants.  Cela sera suivi, dans les années 1970, de la reconnaissance des violences institutionnelles, du syndrome du bébé secoué et de ses conséquences dramatiques : Risque de mort ou de débilité mentale profonde, et enfin du syndrome de Munchausen par procuration (des parents instrumentalisent des enfants en les rendant malades pour en obtenir des bénéfices secondaires).

Il faudra attendre 1980 pour que l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants et de la fréquence de celles venant des proches soit prise en compte, grâce surtout aux associations féministes. Viendront ensuite les dénonciations des violences faites aux petites-filles et aux jeunes femmes, avec la lutte contre les mutilations génitales et contre les mariages forcés (avec la mise en place de lois efficaces et le relèvement de l’âge légal à 18 ans pour le mariage des filles).

En 1989 l’ONU va mettre en place la Convention sur les Droits de l’enfant qui sera ratifiée en 2001 par 191 états dont la France.

L’article 19 oblige les États « à prendre toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriés pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteintes, de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligences, de mauvais traitement ou d’exploitation y compris la violence sexuelle pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux ou de ses représentants légaux ou de toute personne à qui il est confié ».

Dès 1979, la Suède a été le premier pays à prohiber totalement les châtiments corporels sur les enfants y compris à la maison par la famille, suivi par la Finlande et la Norvège, actuellement 31 pays dont 22 européens l’ont fait, mais pas encore la France. (Source ; www.memoiretraumatique.org)

En France, 2 enfants sont tués par semaine sous les coups . Un massacre. Silencieux.

Ces dernières années , la France a été épinglée par la communauté Européenne et par l’ONU plusieurs fois pour son refus de légiférer clairement sur les violences infantiles.

En France, donner une fessée ou une gifle à son enfant reste toléré et n’ai pas sanctionné , contrairement à une très grande majorité des pays membres de l’union européenne. Lorsqu’on n’interdit pas clairement de frapper, ne l’autorisons nous pas officieusement ?

Et c’est ainsi, qu’en 2018, au pays des droits de l’homme, les parents peuvent continuer de « corriger » physiquement leurs enfants, alors même qu’il leur est interdit de frapper leurs chiens. Incompréhensible position. 

En décembre 2016, au terme de nombreux débats,  il fut voté un nouvel amendement qui stipulait entre autre que « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles » commis sur des enfants seraient interdit y incluant la fameuse « fessée parentale ».

Le code pénal interdit déjà les violences faites aux enfants mais dans les faits seuls les cas de maltraitances graves étant sanctionnés, cet amendement était donc principalement préventif et dénué de toute portée pénale. Il fût pourtant censuré dès Janvier 2017 à la demande de certains députés sous couvert qu’il n’avait pas sa place dans le projet de loi « égalité et citoyenneté ». Un retour à la case départ salué par l’opinion publique. Jérôme Fourquet, directeur de l’Ifop  affirme « C’est très très massif et clair,  :

« Sept Français sur dix ne veulent pas que la loi interdise la fessée »

Pour quelles raisons, s’opposent ils si fermement à une loi qui leur interdit de frapper un petit humain sans défense, un enfant, en l’occurrence LEUR enfant ? … La France est tellement en retard sur ce sujet qu’il faudrait une vrai volonté politique pour que les choses évoluent car c’est la mentalité de toute une population qui faut rééduquer (campagnes publicitaires, sensibilisation dans les écoles, les maternités….)

Ma conviction personnelle est pourtant que les parents ne prennent majoritairement pas de « plaisir » à gifler ou fesser leur enfant. Certains parents ont peur de ne pas arriver à éduquer autrement, d’autres sont persuadés que les « petites violences quotidiennes » n’auront pas de conséquences sur le développement de leur enfant, d’autres que ce mode d’éducation va les endurcir et pensent bien faire ….

Il y a pourtant tout à gagner à bannir la violence de l’éducation. Preuves à l’appui, la conférence de Catherine Gueguen nous éclaire.

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