La négligence parentale

« La qualité des liens affectifs avec les parents ou leur substitut développés pendant les premières années de vie influence profondément le développement affectif et social de l’enfant. Si la vie reste une aventure où chacun garde une certaine part de liberté et de chance d’évoluer, les fondements de la personnalité se construisent dans la petite enfance » (Cyrulnik, 2006).

La négligence influence négativement le développement.

En ignorant, voir en rejetant les besoins fondamentaux de stimulation et de reconnaissance, de l’enfant, l’adulte ne lui donne pas de place pour exister en tant qu’individu. Et pourtant, ce processus d’individuation est très important car comment est-il possible de construire sa propre identité lorsque l’on n’est pas reconnu par ses figures d’attachement?

Quand parle-t-on de négligence émotionnelle ?

Dans le cas où l’adulte prive l’enfant des stimulations et des réponses essentielles et nécessaires à son épanouissement émotionnel et à son développement intellectuel. Lorsque l’enfant n’est pas écouté, qu’on ne lui porte pas attention, ne communique pas avec lui, qu’il n’est pas considéré comme un individu à part entière. Quand l’adulte est peu empathique envers lui, émotionnellement indifférent, qu’il ne répond pas à ses besoins, qu’il est continuellement occupé ou préoccupé, déprimé, en d’autres termes, lorsqu’il est psychologiquement indisponible.

La négligence parentale se caractérise, non pas, par ce que l’on fait à un enfant, mais par ce qu’on ne lui fait pas. « C’est un sujet extrêmement important », estime le Professeur Emmanuel de Becker, pédopsychiatre : « Il s’agit d’une atteinte au niveau des besoins élémentaires de l’enfant pour qu’il puisse se construire, s’épanouir, se développer. La négligence parentale n’est pas une maltraitance active dans le sens où on frappe l’enfant, où on abuse de lui. Elle concerne un enfant qui n’est pas pris en compte, qui n’existe pas, qu’on oublie. Elle provoque des dégâts dans la construction psychique et relationnelle du jeune sujet. »

« Les neurosciences, nous apprennent que la priorité du développement est donnée au cerveau droit, siège de la régulation émotionnelle chez le tout petit être humain depuis sa vie intra utérine jusqu’à ses deux ans » Si pendant 2 ans, le cerveau émotionnel est LA partie cérébrale la plus active chez le petit enfant, on peut imaginer l’importance qu’il y a, à combler ses besoins émotionnels, particulièrement durant les premières années de vie.

De quels besoins parle t -on ?

Du besoin affectif indispensable à la construction de l’être humain. Un besoin de lien sécurisant, qu’il est programmé à recevoir au même titre que des besoins tels, que l’alimentation, le sommeil… Cette régulation va nourrir le sentiment de sécurité intérieur de l’enfant/adolescent, et poser les jalons de son sentiment d’identité. En effet, l’être humain ne peut (sereinement) se construire seul. Combler ses besoins affectifs dans un environnement calme et prédictif, permettra à un noyau solide de se developper (il pourra mener sa barque d’adulte sans tomber à l’eau à chaque coup de vent). Plus l’enfant, va être « attaché » de façon sécurisée à sa mère, à son père (ou autre), plus il sera indépendant à l’âge adulte.

Contrairement à ce que l’on peut entendre, ou lire, consoler un enfant va l’aider à devenir plus autonome et non pas l’affaiblir. Si l’on veut aider un enfant à faire face à la vie qui l’attend, il faut au contraire lui donner de l’affection ! La négligence abîme, fragilise et si elle donne l’impression de renforcer l’enfant ce n’est qu’en apparence car le renforcement est négatif (cela donne lui à de la colère, de l’agressivité, de l’anxiété …)

Plus, l’enfant est confronté à un adulte qui n’est pas fiable, prévisible, et disponible, pour soulager sa peine, sa détresse, ses angoisses, ses peurs, plus il sera fragilisé pour le futur mais aussi dans le présent. Ne pouvant « décharger » ses maux, et ne pouvant pas non plus les contenir (son système cérébral étant trop immature), il sera pourtant bien obligé de devoir « faire quelque chose » de ses émotions négatives : Le passage à l’acte sera alors favorisé. L’enfant sera qualifié d’impulsif, de colérique, il pourra devenir agressif envers lui même et/ou les autres. A l’inverse, il pourra inhiber ses émotions et tenter de s’effacer avec l’idée qu’il souffrira moins en « disparaissant ». Il pourra aussi développer une personnalité « comme si » (le « faux self »), en se coupant de lui-même et en se conformant à ce qu’on attend de lui (en se perdant en chemin…)

Quelles conséquences ?

La négligence peut laisser un sentiment d’abandon dont il est difficile de s’extirper. La sensation d’avoir été affectivement abandonné peut être vécue très violemment par l’enfant ou l’adolescent et ne pas s’atténuer à l’âge adulte.

« Le manque de stimulations, les rythmes de vie incohérents vont empêcher l’enfant de pouvoir prévoir ce qui va se produire dans son environnement ou quel va être l’effet des signaux qu’il émet. Or, la possibilité d’anticiper est un des fondements indispensables de la construction de la pensée ». Ainsi, on peut constater des troubles de mémoire, des difficultés d’organisation, chez les enfants et anciens enfants négligés.

« L’enfant en détresse est chroniquement stressé, par cette absence d’altérité, par cette individuation qui ne se fait pas. L’effet du stress sur son petit cerveau pourra provoquer des dégâts à moyens et long terme, et interférer avec : sa croissance, ses sphères cognitives, émotionnelles, relationnelles. Lorsque l’enfant est en manque de supports identificatoires, il peut présenter une profonde détresse psychique, parfois aussi physique, et manifester une souffrance telle qu’il plonge dans une dépression pouvant débuter tôt dans sa vie ».

Il pourra développer des troubles somatiques, symptômes de sa souffrance : Angoisse, terreurs nocturnes, sensation d’étouffement, nausées, maux de ventre, palpitations, énurésie, tristesse, donner l’impression que son corps est « mou », l’enfant se sent lourd. Ces troubles somatiques, plus ou moins bruyants, devraient éveiller l’attention des adultes qui entourent l’enfant.

La négligence, elle-même négligée !

De façon générale, l’enfant parle peu de la négligence qu’il vit , d’autant qu’il n’a souvent connu que ce mode d’éduction depuis qu’il est né. Même si il sent bien qu’il n’est pas heureux, il n’est pas certain de savoir ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Et si tant est, qu’il ose en parler, on lui répondra souvent qu’il exagère que ses parents font tout pour lui qu’ils sont tellement gentils ou encore qu’il a tout pour être heureux, que ce n’est pas si grave.

Double peine, n’est-ce pas ?

Dans de nombreux cas, l’enfant culpabilise même d’aller mal, puisqu’après tout il n’est pas physiquement frappé ou violenté, donc il pense que ce n’est pas si grave. Pourtant, plusieurs auteurs, estiment que « Les séquelles psychologiques sont jugées plus sévères que les séquelles physiques car on les croit plus durables que les secondes, profondément incrustées et très difficiles, voire impossibles à extirper de la victime ». Dans ce contexte, la négligence parentale ne peut être considérée comme une sous-catégorie de la maltraitance. Minimisée, relayée au second plan derrière la maltraitance physique, plus flagrante et moins difficile à prouver : Son silence et sa discrétion n’en font pas moins une forme de maltraitance à part entière. Combler les besoins affectifs de l’enfant est vital. Il n’y a qu’à voir la souffrance et les dégâts que la négligence occasionne, pour ne plus en douter.

La négligence doit être prise au sérieux. Elle devrait déjà l’être.

(La négligence se traite en séance en comblant retro-activement les carences affectives de l’enfance, via le re-parentage notamment)

Sources : psy.be / actionenfance.org / Gagné et Bouchard / Bio-info / J.Smith

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